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La transformation du Salvador est un modèle pour le monde. Et si ce n'était qu'un mirage ?

Le Salvador est à un tournant historique, où les progrès démocratiques accomplis après la signature des Accords de paix en 1992 connaissent un net recul.

Lors d'une conférence récente tenue le 8 juillet à San Salvador, l'Institut des droits humains de l'Université d'Amérique centrale (IDHUCA) a présenté une analyse de la situation sociopolitique, économique et des droits humains au Salvador, mettant en évidence des inquiétudes concernant les institutions démocratiques, la protection des droits humains et la trajectoire politique actuelle du pays.

L'institut a remis en question le récit international qui présente le Salvador comme un « miracle » ou un modèle à reproduire, soutenant que la réalité du pays est façonnée par une série de défis plus profonds, notamment l'érosion des garanties démocratiques, les restrictions de l'espace civique et l'utilisation de stratégies de communication pour influencer la perception publique.

De la démocratie à l'autocratie

Selon l'IDHUCA, le Salvador s'est éloigné de la consolidation démocratique depuis 2019 et s'oriente vers ce qu'il décrit comme un modèle autocratique, caractérisé par l'affaiblissement de l'indépendance des institutions, des restrictions à la participation civique et la criminalisation du journalisme indépendant et des défenseurs des droits humains.

L'institut a reconnu la réduction significative des décès violents ces dernières années mais a soutenu que « moins de violence ne signifie pas plus de sécurité », en pointant des inquiétudes concernant l'incertitude juridique, l'affaiblissement des garanties et la distinction entre sécurité publique et respect de l'état de droit.

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IDHUCA a également remis en question l'idée d'un « miracle » économique, en soutenant que la croissance actuelle dans des domaines tels que le tourisme et le commerce ne représente pas nécessairement un développement durable, en particulier en l'absence de politiques redistributives plus fortes.

La fin d'une transition démocratique inachevée

La présentation a examiné la période d’après-guerre du Salvador suite aux Accords de paix de 1992, qui mirent fin à plus d’une décennie de conflit civil et établirent des institutions conçues pour prévenir les abus du pouvoir étatique, y compris le Bureau du défenseur des droits humains (PDDH).

Cependant, IDHUCA a soutenu que le pays n’a jamais atteint une démocratie pleinement consolidée. L’institut a identifié des faiblesses de longue date héritées des administrations précédentes, notamment l’influence d’intérêts sectoriels sur les politiques publiques, la persistance d’approches militarisées de la sécurité et des politiques axées sur la résolution de problèmes immédiats plutôt que sur leurs causes structurelles.

2019–2026 : la consolidation d’un modèle autoritaire

À partir de 2019, l’IDHUCA a décrit la trajectoire du pays comme un processus de « démocratisation à l’envers ». L’institut a soutenu que des institutions démocratiques clés, notamment les autorités électorales, l’Assemblée législative et le pouvoir judiciaire, ont perdu leur indépendance en raison de la concentration croissante du pouvoir au sein du pouvoir exécutif.

Une préoccupation centrale soulevée lors de la présentation était la prolongation de l'état d'urgence, introduit pour la première fois en mars 2022 à la suite d'une hausse des homicides.

IDHUCA a souligné que, selon la constitution du Salvador, les mesures d'urgence sont destinées à être temporaires. Cependant, des prolongations répétées ont transformé la suspension de certains droits en une politique à long terme, selon l'organisation.

L'institut a averti que cela a affaibli les garanties de la procédure régulière, permettant des arrestations sur simple suspicion, prolongeant les périodes de détention préventive et limitant l'accès à la défense juridique. Il a également soutenu que la mesure s'est étendue au-delà de la lutte contre la criminalité liée aux gangs et a contribué à faire pression sur les journalistes, les défenseurs des droits humains et d'autres voix critiques.

Pression sur la société civile et exile forcé

IDHUCA a décrit la période entre 2025 et 2026 comme une étape de consolidation supplémentaire de ce qu'il considère comme un système autoritaire, les organisations de la société civile évoluant dans un environnement de plus en plus hostile.

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L'institut a cité les arrestations de personnalités telles que l'avocate et chercheuse Ruth Eleonora López Alfaro, le juriste constitutionnaliste Enrique Anaya et d'autres défenseurs communautaires comme exemples de ce qu'il a décrit comme la criminalisation du travail en faveur des droits humains et de la critique publique.

Selon l'IDHUCA, ces actions ont contribué à l'exil forcé de plus de 40 journalistes et d'au moins 30 défenseurs des droits humains en raison de menaces portant sur leur sécurité ou celle de leurs familles.

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